Au potager strasbourgeois, la sécheresse trie ce qui survit

Entre haricots arrachés deux fois, courgettes démesurées et figuiers chargés, trois jardins familiaux alsaciens racontent des étés très contrastés.

Sandrine Ollivier Par Sandrine Ollivier
Au potager strasbourgeois, la sécheresse trie ce qui survit
Dans un potager, deux arrosoirs reposent sur du paillis : une image qui illustre la sécheresse et l’arrosage, sans montrer un jardin de Strasbourg.

En bref

  • Trois jardiniers de Strasbourg et de Schiltigheim décrivent des récoltes très différentes pendant le même été sec.
  • À Strasbourg, l’arrosage est interdit de 8 h à 20 h et reste permis à l’arrosoir ou au goutte à goutte.
  • Les potimarrons et un prunier ont mûri en avance, selon Christian Gonnord.
  • Les atouts des semences d’Algérie reposent sur les seuls dires de Rabah.

Dans les jardins familiaux du Pré Saint-Gall, à Strasbourg, Christian Gonnord, septuagénaire, a dû arracher deux fois ses haricots, grillés par la sécheresse. Il en sème une troisième fois. Son récit, rapporté par les Dernières Nouvelles d’Alsace, côtoie celui de voisins dont les légumes poussent sans difficulté.

Chez les Gonnord, des semis à recommencer

Christian loue son lopin et le cultive avec son épouse Geneviève, tous les jours dès 6 ou 7 h. Le jeudi 6 août, il préparait à la binette un petit carré pour ses haricots, la pluie tombée deux jours plus tôt ayant un peu attendri la terre. Il espère récolter après l’été.

« Il y a deux ou trois ans, j’avais ramassé des haricots fin octobre »

Christian Gonnord, locataire d’un lopin dans les jardins familiaux du Pré Saint-Gall à Strasbourg

Le reste du potager peine aussi : les tomates et les courgettes ne grossissent pas, les carottes ne sortent pas de terre et aucune salade ne pousse. Selon le journal, la peau des tomates devient épaisse, en raison du manque d’eau et de la chaleur. Christian n’a pas tenté les salades cette année et dit qu’on n’en trouve pas sur les marchés. Sa belle-sœur est agricultrice et maraîchère. Geneviève, elle, voit surtout dans le jardin un moyen de passer du temps dehors et de préparer quelques repas peu coûteux au regard du prix des légumes.

La chaleur avance le calendrier

Tout n’est pas perdu : les potimarrons, de belle taille et très nombreux, seront bientôt prêts à ramasser. Un prunier a lui aussi donné tôt. « Tout est en avance d’un mois », estime Christian. Le journal attribue cette précocité aux fortes chaleurs, sans mesure à l’appui.

Un peu plus loin, le potager d’Ahmed-Yaya est luxuriant, au sol bien humide : tomates de belle taille, courgettes, haricots, piments, concombres, avec des aubergines attendues. À son retour de vacances, il a trouvé des courgettes démesurées. Il met sa réussite sur le compte de l’eau, affirme respecter les règles et n’utiliser ni engrais ni traitement.

« Si on a de l’eau, il n’y a pas de soucis »

Ahmed-Yaya, jardinier des jardins familiaux du Pré Saint-Gall à Strasbourg

Ce que permet l’arrosage à Strasbourg

Pour les modes d’arrosage économes, le goutte-à-goutte et le paillage sont détaillés dans un article sur le potager par forte chaleur.

À Schiltigheim, des graines venues d’Algérie

Aux jardins familiaux Helenengarten, Rabah a été agriculteur, éleveur et maraîcher en Algérie. Il y cultive des semences rapportées de là-bas, présentées comme des variétés hybrides qui aiment la chaleur et n’exigent pas un arrosage quotidien. Cet avantage n’est établi que par ses dires.

Culture Origine ou situation
Haricots, petits pois, artichauts, fèves Semences ramenées d’Algérie
Raisin Également rapporté d’Algérie
Figuiers Branches chargées de fruits

Locataire depuis 17 ans, Rabah constate que le climat change autour de son jardin.

« À l’époque, les figues, ça ne marchait pas ici. Maintenant, avec la chaleur, regarde »

Rabah, locataire d’un jardin familial Helenengarten à Schiltigheim depuis 17 ans

Photo : RDNE Stock project / Pexels